Fridays for Future… Mais quel futur ?

Lauréna Jurkovic, Mor Adam Sow & Claire Thabourey

Au cours d’un World Café, nous avons eu l’occasion d’échanger avec des personnes engagées dans la protection de l’environnement, que ce soit dans un parti politique, comme Génération climat, un atelier de couture comme La Couserie Éthicologique ou encore un mouvement international de protection de l’environnement avec Fridays for Future.

Matthys et Eva, deux militant.e.s de Fridays for Future, ont accepté de venir nous parler du mouvement et de leurs revendications.

Petit historique du mouvement

Le mouvement est parti de la Suède, lancé au mois d’août 2018, quand la jeune écolière suédoise Greta Thunberg, alors âgée de 15 ans, se présente devant le parlement pour manifester contre l’inaction des autorités gouvernementales concernant le changement climatique. Sa méthode était simple: sécher les cours pour protester et attirer l’attention sur les risques qu’encourt notre planète, et par conséquent, éradiquer les menaces qui pèsent sur l’avenir des générations futures devant faire face aux conséquences des mauvaises politiques actuelles. Elle a été seule au début dans ce noble combat, mais il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que le mouvement connaisse un succès national voire international, s’étendant à l’Europe et au reste du monde.

En France, par exemple, le mouvement voit le jour début 2019 porté par de jeunes élèves conscients des enjeux du réchauffement climatique. Comme leurs camarades des autres coins du globe, tous mus par la même envie de sauver des vies, ils se sont organisés et répartis sur l’ensemble du territoire national français. Dans leur combat au quotidien, ils adoptent différents modes d’actions allant de la marche pacifique à la désobéissance civile.

“La diversité des tactiques” de Fridays for Future

Le mouvement Fridays for Future se base effectivement sur différents moyens d’actions. D’un côté, il existe des actions qui cherchent à contester les politiques gouvernementales : grèves, marches pour le climat… organisées au niveau national.

De l’autre côté, Matthys et Eva nous ont raconté des initiatives plus locales entreprises par Fridays for Future, qui misent sur la désobéissance civile. En dénonçant des pratiques locales, les militant.e.s estiment avoir un impact plus important sur les politiques.
Par exemple, en septembre 2020, une trentaine de jeunes militant.e.s de Fridays for Future ont pénétré dans les locaux de Grenoble Alpes Métropole afin de dénoncer la construction d’un centre commercial sur un espace naturel, projet qui impliquerait la destruction d’espèces animales et végétales. Personne n’a renoncé au projet pour le moment.

Matthys et Eva nous ont expliqué le concept de la “diversité des tactiques”, qui implique de diversifier les moyens d’action ainsi que les échelles auxquelles ces actions sont réalisées. 

Ainsi, certaines initiatives optent pour la collaboration avec les institutions gouvernementales plutôt que pour la contestation urbaine : par exemple, le projet de Fridays for Future d’intégrer des cours d’écologie dans le programme scolaire des collèges et lycées. Face à l’inefficacité des actions gouvernementales et l’insuffisance des cours de sensibilisation à la crise écologique, certains militant.e.s ont finalement pris l’initiative d’intervenir directement dans des écoles pour sensibiliser au réchauffement climatique.

Les difficultés à se faire entendre et à s’organiser

Bien que l’engagement de la jeunesse dans la lutte pour le climat soit essentiel, nous nous interrogeons sur l’efficacité et l’avenir d’un tel mouvement.

Tout d’abord, la difficulté à mobiliser apparaît comme un enjeu majeur, comme en témoigne ce court extrait de l’entretien :

« Mobiliser des gens à s’investir et puis à rester investi, c’est compliqué, notamment car les résultats ne suivent pas vraiment. […] Même nous qui sommes militants, on est engagés et parfois on se dit mais en fait, on milite, on utilise notre temps et notre énergie pour ça mais il n’y a quasiment rien qui suit donc c’est vrai que c’est compliqué ».

Effectivement, selon Matthys et Eva, la première manifestation à Grenoble de Fridays for Future avait rassemblé entre 3000 et 3500 personnes mais ce nombre ne cesse de diminuer. Désormais, ils affirment n’être plus qu’entre 300 et 600 lors des manifestations.

On a aussi pu percevoir dans leurs propos une peur de la lassitude de la part de la société civile et des médias, car les marches pour le climat du vendredi deviendraient « banales » et même répétitives. Ayant perdu leur caractère inédit, les marches n’auraient plus beaucoup d’impact, comme en témoignent les rares apparitions du mouvement dans les médias : « Les marches ça n’aboutit pas, on fait 3 lignes dans le journal du coin et après on a déjà oublié » dit Eva avec amertume.

C’est pourquoi le mouvement a décidé de se tourner vers la désobéissance civile qui leur permet de renouveler leurs moyens d’action. Nous leur avons alors demandé s’ils envisageaient de collaborer avec d’autres mouvements écologistes qui plébiscitent également ce type d’actions – tel Extinction Rebellion (XR) et avons été plutôt étonnés par leur réponse. Matthys et Eva ont énuméré plusieurs points de désaccords entre eux et XR : tout en affirmant qu’ils « ne sont pas là pour faire du sectarisme », nous avons senti une certaine réserve vis-à-vis de cet autre mouvement militant et c’est ce qui nous a semblé dommage. Nous pensons qu’une coalition de plusieurs mouvements écologistes optant pour des opérations « coup de poing » aurait bien plus d’impact, d’un point de vue médiatique d’abord, mais aussi pour se faire entendre par le gouvernement, à l’échelle de la France et même de l’Europe. 

Mais ce qui nous a le plus frappé, c’est l’absence de propositions concrètes. En se déclarant « apolitique », nous avons le sentiment que Fridays for Future ne peut bénéficier de leviers d’action concrets.

Si la mobilisation se fait de moins en moins grande au sein de Fridays for Future, et que le dialogue avec les politiques n’est pas engagé, nous craignons que le mouvement ne s’essouffle et qu’aucune mesure ne soit prise. Il serait peut-être pertinent de rattacher le mouvement à un parti politique, à l’image de Génération Climat qui a commencé dans la rue et abouti en parti politique, comme nous l’a raconté Matteo Vicente[1].

Malgré tout, on peut craindre une récupération de la cause écologiste par les politiciens. L’écologie pourrait devenir une vitrine alléchante pour les personnalités politiques, comme le craint Eva lorsqu’elle déclare : « J’ai l’impression que du côté des politiques, ça a vraiment été récupéré comme un moyen de faire de la communication, c’est plus un levier pour se faire élire qu’un véritable objectif à travailler ».

Pour conclure, il n’existe évidemment aucune solution facile et nous trouvons admirable que la jeunesse se mobilise, d’autant que Fridays for Future lutte pour une justice climatique certes, mais aussi sociale (plus d’inclusivité, engagement pour la cause LGBTQ+, anti-racisme etc), ce qui nous semble essentiel.


[1]Le président du mouvement politique Génération Climat